Le luxe en Belgique et au Luxembourg

«Michel Tapié a marqué ma vie»

11. juin 2016
Catherine Noyer

Une exposition à la galerie Hessler rend hommage à 33 artistes découverts par ce grand critique d’art et parmi eux le Luxembourgeois Arthur Unger

«Michel Tapié a marqué ma vie» - luxebelux.com
Encre de chine signée Arthur Unger de 1970

«J'ai rencontré Michel Tapié à Paris, en 1970 alors que je cherchais une galerie pour exposer mes cuivres et encres de chine. En passant devant la galerie Rodolphe Stadler, rue de Seine, dans le 6° arrondissement, je voyais des tableaux d’Antonio Saura et de Georges Mathieu. Mes œuvres semblaient être inspirées par la même ligne artistique; intrigué, je suis donc entré»,  se souvient Arthur Unger. L'employée de la galerie l’informa que celle-ci avait ses propres artistes mais qu'il pouvait demander conseil au critique d'art, qui, à ce moment là, se trouvait dans la galerie. «C'était un monsieur d'une soixantaine d'années avec un chapeau et un cigare qui s’apprêtait à partir,  me disant ne pas avoir le temps de regarder mon travail».  Arthur Unger ouvre alors son dossier devant lui. Le monsieur ôte son chapeau, s'installe à une table et – «le voilà plongé dans mon dossier! C'était ma première rencontre avec Michel Tapié. A l'époque j’ignorais totalement qui il était ».

Michel Tapié demanda à l'artiste luxembourgeois de revenir le voir. Leurs rencontres devinrent régulières. «Quand une de mes œuvres lui plaisait, il demandait de pouvoir l'amener chez lui. Il m'écrivait des aphorismes en échange de petits tableaux. Tout critique d'art qu'il était, il ne qualifiait jamais les œuvres d'artistes de mauvais, il passait outre. Mais pour celles qui le fascinaient il voyait beaucoup plus loin.»

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Arthur Unger devant un tableau de Karel Appel représentant Michel Tapié

Michel Tapié voyageait dans le monde entier, toujours à la recherche d’œuvres d’art, notamment au Japon ou il avait découvert le groupe Gutaï avec Georges Mathieu. Il rend plusieurs visites à Arthur Unger au Grand Duché. Les encres de chine de ce dernier l'intéressaient, lui rappelant des calligraphies – avec une touche très personnelle du peintre luxembourgeois.

Un jour il lui présente «La magie du Tao», un vieux livre  qu’il lui demande de lire. «Ce qui me frappe dans votre travail est la dualité. Vous travaillez avec le feu, qui est le Yang et avec l'eau qui correspond au Yin - deux choses que vous avez en vous. Mais vous avez une expression très personnelle de cette dualité dans les deux sens. Lisez le Tao et vous comprendrez mieux la vie et votre travail».

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Unger et Tapié échangeaient des aphorismes et de petits tableaux

Arthur Unger a suivi le conseil de Michel Tapié, est devenu Taôiste et a commencé à voir la vie différemment. Lorsque le critique d'art devient directeur du Centre d'art esthétique à Turin, il fait exposer les œuvres de l'artiste luxembourgeois en Italie, entre autre dans la Galerie Cortina, l’une des plus grandes du pays.

«Aujourd'hui j'ai toujours des liens avec Jean Marc, le plus jeune de ses trois fils. Chez Stadler j'ai rencontré Antonio Saura et Claire Falkenstein qui m’avait invité à Los Angeles. Michel Tapié m'avait ouvert beaucoup de portes chez des artistes réputés. Mon ticket d’entrée ?  Etre un des «amis de Michel», résume Arthur Unger.

Un art autre: l’aventure de Michel Tapié - Galerie Hessler,  jusqu’au 29.07.2016

www.galeriefhessler.lu

 

 

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Photos: Catherine Noyer

Michel Tapié

Né en 1909 au château de Mauriac dans le Tarn, Michel Tapié de Céleyran n’est pas seulement le petit neveu d’Henri de Toulouse-Lautrec, mais un homme multi talentueux. Critique d’art, musicien, peintre, sculpteur, organisateur d'expositions et théoricien de l'art sont les quelques facettes de ses dons. Quand en 1955 Rodolphe Stadler ouvre sa galerie à Paris, Michel Tapié devient son conseiller artistique. Il voyage dans le monde entier, contribue à la découverte de nombreux artistes, entre autres ceux du mouvement Gutaï au Japon, et crée à Turin le Centre international de la recherche d’art. Michel Tapié décède en 1987 à Paris.

Arthur Unger

Né en 1932 à Luxembourg, Arthur Unger vit pendant cinq ans dans les années cinquante au Congo Belge près des tribus Lunda et Baluba. Ce séjour a influencé son art pictural qu’il a commencé à pratiquer durant les années 1960, lorsqu’il rentre en Europe. Il s’installe à Paris en 1963 où il réalise ses premières œuvres. Ses «Pyrochimiogrammes» naissent par le feu, en manipulant des feuilles de cuivre électrolytiques à l’aide d’un chalumeau. Parallèlement, il crée des encres de chine sur papier avec une matière opposée: l’eau. Sa rencontre avec Michel Tapié est le départ de son aventure artistique qui le met sur la route «d’un art autre».