Le luxe en Belgique et au Luxembourg

Fils d’or pour montres précieuses

30. novembre 2015
Catherine Noyer

Elle est le seul Maître d’Art dans son métier. Sylvie Deschamps s’est spécialisée dans la broderie au fil d’or. «Je voulais apprendre un métier d’art, et j’ai visité l’école de Rochefort, la seule où on apprend le métier de brodeuse au fil d’or. Au cours de cette visite j’ai touché cette matière et c’est la matière qui m’a choisie».  

Après une première année dans cette école son choix était fait. Elle passe alors deux ans avec Lucie Teston une dame qui lui apprend les «points oubliés» utilisés dans la broderie liturgique et remontant au 14°siècle. «J’ai appris des broderies techniquement difficiles, allant jusqu’à 3 cm d’épaisseur. Sans cet apprentissage je ne serai pas capable aujourd’hui, après 27 ans de métier, de restaurer des broderies anciennes», explique Sylvie Deschamps.

Fils d’or pour montres précieuses - luxebelux.com
Sylvie Deschamps: «Etre la seule Maître d’Art m’impose de préserver ce métier et de former un apprenti pour que le savoir-faire continue à vivre.» (Photos (2): C. Noyer)

Son parcours débute dans la célèbre maison Bouvard et Duviard à Lyon, où, pendant six années, elle réalise, entre autres, des monogrammes en or et argent sur des pantoufles de luxe John Lobb. «J’ai brodé quelques paires de ces chaussons d’intérieur pour Philippe Noiret. Il les adorait».

La spécialiste des fils d’or se met à son compte pour ensuite être sollicitée par des maisons de luxe comme Vuitton, Givenchy, Dior, Valentino ou Chanel, notamment pour la haute couture. «Je travaillais avec la maison Lesage, qui faisait appel à moi pour assurer les broderies au fil d’or », explique-t-elle.

Pour le décorateur suisse Philippe Cramer elle confectionne une tapisserie de 2,50 x 3,50 m, exposée en permanence au musée d'Art et d'Histoire de Genève. «Sans oublier les canapés en cuir de Philippe Starck qui sont exposés à la Crystal Room de Moscou».

Sylvie Deschamps est particulièrement fière de son titre. «Etre la seule Maître d’Art m’impose de préserver ce métier et de former un apprenti pour que le savoir-faire continue à vivre.» Depuis 10 ans elle travaille avec son élève Marlène Rouhaud et lui transmet toutes ses connaissances pour conserver ce patrimoine.

Fils d’or pour montres précieuses - luxebelux.com
Fils d’or pour montres précieuses - luxebelux.com
Fils d’or pour montres précieuses - luxebelux.com

Piaget a fait appel à cette spécialiste passionnée, car l’horloger-joailler suisse voulait rendre hommage à ce métier ancien, avec une broderie sur le cadran de sa montre Altiplano. La première collection a été lancée en 2013. «En haute joaillerie je travaille avec des matières extraordinaires comme de vrais fils d’or. Ils sont tellement fragiles qu’ils se cassent facilement, ce qui fait que sur vingt centimètres il n’y a que cinq d’exploitables. Mais c’est formidable de pouvoir travailler le vrai fil d’or sur de la soie comme support», explique la maître-brodeuse.

Pour réaliser la branche de laurier de la montre il lui faut six heures. «Piaget exige des broderies pour des montres ultra-plates, donc il n’est pas question du moindre nœud dans le fil. Je travaille au 10ième de millimètre près.»

En ce qui concerne la rose Piaget, Sylvie Deschamps a développé une technique de micro-pointillisme, en pensant au peintre Seurat. «Je voulais montrer qu’on pouvait se rapprocher des Impressionnistes avec une toute autre matière que le pinceau». La spécialiste a besoin de 35 heures de travail pour réaliser la rose Piaget, qui exige un fil de soie très fin.

www.piaget.com

www.broderieor.com

 

 

Fils d’or pour montres précieuses - luxebelux.com
Fils d’or pour montres précieuses - luxebelux.com
Fils d’or pour montres précieuses - luxebelux.com
(Photos: Piaget)