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La magie de l’Afrique

30. juillet 2015
Catherine Noyer
La magie de l’Afrique - luxebelux.com
Jean-Bosco Kamba, sans titre, 1958, huile sur panneau Unalit.

Ils s’appellent Moke, Lubaki, Bela, Pili Pili, Chéri Chérin, Kura Shomali ou Mika, pour ne nommer que quelques artistes parmi les 40, exposant plus de 300 œuvres à la Fondation Cartier à Paris. L’exposition «Beauté Congo – Congo Kitoko» retrace la peinture congolaise de 1926 à 2015.  C’est la diversité des œuvres, leur couleur et leur vivacité, qui enveloppent le visiteur de cette magie, propre à l’Afrique. Ce qui semble trop colorié, exagéré ou bien naïf aux yeux des Européens, est l’expression d’un contexte historique mouvementé. 

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Moke sans titre (Match Ali-Foreman, Kinshasa), 1974, huile sur toile.

 

«Je suis tombé amoureux de cet art il y a 45 ans, et, depuis, la peinture congolaise me passionne toujours», explique Pierre Loos. Le collectionneur belge a prêté 65 tableaux à la Fondation Cartier pour cette exposition. «A l’époque, on trouvait ces tableaux chez les anciens coloniaux. J’ai commencé à en faire la chasse à la fin des années 60.»

Ce spécialiste de l’art congolais et fondateur de la Bruneaf – (Brussels Non European Art Fair) en 1997, possède aujourd’hui plus de mille tableaux de l’époque courant de 1926 à 1956,  «dont 200 sont de la qualité de ceux qui sont exposés à Paris».

 

 

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Norbert Ilunga, sans titre, 1950, huile sur papier.
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Pierre Loos: «Je suis tombé amoureux de cet art il y a 45 ans.» (Photo: C.Noyer)
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Pilipili Mulongoy, sans titre, 1950, huile sur papier.

Sa passion date de son enfance, lorsque les murs de la maison familiale étaient recouverts par les tableaux réalisés par son père, dentiste et peintre du dimanche et par le zoologue Konrad Lorenz, lui également peintre du dimanche. «On essaye de retransmettre ses souvenirs fascinants de l’enfance lorsqu’on est adulte en recréant chez soi une ambiance similaire. J’ai retrouvé les mêmes émotions dans cette peinture congolaise exposée chez les anciens coopérants et qui, à l’époque, ne valait rien. C’est l’origine de ma collection». Les tableaux de Pierre Loos font partie des deux premières périodes – sur quatre - de l’exposition, qui recouvrent les années allant de1920 jusqu’à la deuxième guerre mondiale puis de 1945 à 1954.

La troisième période débute au cours des années 1970 et est surtout consacrée aux toiles des peintres dits «populaires». Elle se poursuit aujourd’hui à travers des artistes comme J-P Mika ou Monsengo Shula.

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JP Mika, La Sape, 2014, acrylique, huille et paillettes sur toile.
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Pierre Bodo, Sapeur, 2010, acryliqe sur toile. (Photo: C. Noyer)

Kura Shomali, rebelle et critique

Les créations des années 2000 sont fondées sur un style plutôt urbain. C’est sous l’égide d’un esprit critique et rebelle qu’a été fondé le collectif Eza-possibles en 2003.  Le jeune artiste Kura Shomali en fait partie et détonne avec ses collages et peintures. «J’ai poursuivi quelques années d’études de médecine, avant de découvrir que ce n’était pas du tout mon truc», raconte-t-il. Son «truc» était surtout de se promener à la fac avec un bloc et un crayon pour pouvoir dessiner à tout moment. «J’ai arrêté la médecine et je me suis lancé dans les études des beaux arts». En 2004 il bénéficie d’une bourse de l’ambassade de France pour rejoindre l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Il passe son diplôme en 2008.

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Kura Shomali: «Je suis toujours à l'écoute des autres.» (Photos: C. Noyer)
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Kura Shomali, Monsieur X devant la tribune, 2013, gouache et acrylique sur papier.

Comment ce jeune artiste de 36 ans définit-il ses œuvres ? «J’ai un style urbain et je n’arrête pas de m’intéresser aux autres et je suis toujours à leur écoute. Je traduis leurs critiques et ce qui les touche dans mes tableaux.» Kura Shomali tient à garder son propre style, son identité, qui le distingue des autres artistes. Pour lui pouvoir exposer à la Fondation Cartier est une chance inouïe. «Dans la tête des gens, qui dit le Congo dit Belgique. Or le Congo est un état indépendant qui s’ouvre de plus en plus. Je pense qu’à travers cette exposition, nous, artistes, pourrons contribuer à cette évolution».

www.fondation.cartier.com

 

 

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Monsengo Shula,Ata Ndele Mokili Ekobaluka (tôt ou tard le monde changera)2014, acrylique et paillettes sur toile. Photos: Fondation Cartier